De la théorie des humeurs aux épices de santé.

De la théorie des humeurs aux épices de santé.

La grande consommation d’épices au Moyen-Âge, a toujours étonné nos contemporains. Certains parfois tentent une explication : « On épiçait la nourriture pour camoufler le mauvais goût des viandes avariées ou l’aigreur d’un vin tourné ». On entends encore parfois cette méchante Cette méchante affirmation autour de nos activités culinaires. C’est évidemment parfaitement inexact.

Comment ! on aurait importé à grands frais des Indes orientales et de l’Afrique équatoriale des épices parce qu’on ne saurait plus, au moyen-âge, cuire une poule au pot, rôtir un sanglier ni vinifier correctement le jus de la treille ? Tentons d’y voir plus clair.

schema représebtant les 4 humeurs du coprs humain et leur correspondance avec les éléments (terre, eau, feu, air) .
demonstrance des eslementz et premieres callittez et leur discord et convenance – vaulx (j. de), premières oeuvres – Source gallica.bnf.fr / BnF 

Soucis de la santé et du bien manger

Depuis la plus haute antiquité, on trouve traces du souci humain de bien boire et bien manger. Mais aussi de cette grande interrogation quant au sens de la vie, longue succession de joies et de peines, qui se termine par une défaite irrémédiable, la mort. Les réponses sont diverses tout au long de l’histoire, et même bien avant l’histoire. L’une d’entre elles, ancêtre de notre médecine, tente de décrire et d’expliquer nos états de santé, d’établir des liens avec notre alimentation.

Depuis le Ve siècle avant J-C, Hippocrate de Cos, puis au IIe siècle avant J-C, Claude Gallien, fondent les principes de la médecine antique et médiévale : la théorie des humeurs. Ces principes ne seront vraiment remis en question que plusieurs siècles plus tard. On se souvient du théâtre de Molière qui moque vertement les pratiques et l’inefficacité de très nombreux médecins de son temps.

L’équilibre des humeurs

Quatre humeurs : bile jaune et bile noire1, flegme2 et sang doivent être en équilibre pour rester en bonne santé. Ce sont les excès d’une ou plusieurs humeurs provoqués par des causes internes ou externes qui sont cause de maladie. On tentera alors d’aider la nature à évacuer ces humeurs, dites peccantes, voire même à s’y substituer en les évacuant par la saignée ou la prise de purgatifs. On essayera de prévenir les désordres par une alimentation adaptée, et c’est là qu’interviennent les épices tant recherchées.

tableau représentant les 4 humaures, les 4 éléments, et leur correspondance avec les 4 points cardinaux (nord, est, sud, ouest), les éléments, et les humeurs (flegme, mélancolie, colère, sanguin).
La théorie des humeurs en un tableau

Les quatre humeurs correspondent aux quatre états de la matière (liquide, gazeux, plasmatique, solide). Ils correspondent aussi aux quatre saisons et à quatre tempéraments qui marquent encore notre vocabulaire : flegmatique, sanguin, colérique, mélancolique. La diététique selon cette théorie va devoir rechercher quels aliments vont pouvoir tempérer un excès éventuel. Le Tacuinul sanitatis3 fournit un véritable catalogue alimentaire, avec une fiche par ingrédient, indiquant la nature et les propriétés de chacun d’eux. Chaque aliment est plus ou moins secs ou humides, plus ou moins chauds ou froids.

bol de clous de girofle entiers
Les clous de girofle, boutons floraux, séchés, du giroflier, originaire des îles Moluques. Crédits photos : Histoire en kit.

Les saisons

D’une manière générale, la jeunesse, printemps puis été de la vie, est chaude. l’âge, voire la vieillesse, automne et hiver de la vie est froide. Or les épices sont toutes, à des degrés divers, considérées comme chaudes. Ainsi se justifie l’ypocras : voilà ce qu’il convient de consommer. Le voilà l’élixir de jeunesse !

1 Bile noire ou atrabile est censée venir de la rate, la bile jaune du foie.

2 Flegme ou pituite.

3 Tacuinum sanitatis i medicina… traduction latine du Taqwin as-sihha arabe, “index de la santé”, somme de connaissance en lien avec la théorie des humeurs. Fac-similé : UN ART DE VIVRE, Daniel Poirion LA TRADITION MÉDICALE, Claude Thomasset Éditions du Félin 1995. À la BnF : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105072169/f15 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8452202k/f5) Aussi, le fac-similé du TACVINVM SANITATIS fin XIVe. Codex vindobonensis conservé à la Bibliothèque nationale d’Autriche (Österreichische Nationalbibliothek) http://digital.onb.ac.at/RepViewer/viewer.faces?doc=DTL_3506830

4 L’apothicaire, ancêtre du pharmacien, n’est pas un charlatan de passage : il tient une boutique et doit donc maintenir sa réputation. Il propose des remèdes, comme le sucre et les autres épices, des breuvages comme l’ypocras.

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